Les racines du clown thérapeutique traversent les frontières

Les racines du clown thérapeutique traversent les frontières

Par Mélissa Bolduc, clown thérapeutique

Mélissa Bolduc, alias Dre Petite-Laine, cumule sept ans d’expérience comme artiste-clown thérapeutique à la Fondation Dr Clown. Lorsque Thierry, artiste chez les Docteurs ZinZins, une équipe de clowns thérapeutiques d’un hôpital pédiatrique de Bruxelles, est venu observer son travail au Centre Mère-Enfant Soleil, l’envie de lui rendre la pareille a fait son chemin. Un voyage en Europe était déjà prévu de son côté : l’occasion était trop belle.

Et si l'hôpital était un jardin?

À mon arrivée, je retrouve Thierry. Il me présente au chef, un éducateur en blouse blanche au regard taquin, puis nous montons au local où Gordon nous attend. « Oh ! Vous êtes en avance ! » Il est grand, très grand. Je m’imagine toute petite à ses côtés, avec mes atours de Dre Petite-Laine ; quel beau contraste ce serait ! On s’offre des cafés, de l’écoute et des rires. Puis la réunion de famille s’agrandit avec Barbara Roman, directrice du projet, et Françoise, la partenaire clownesque du jour.

« Et si l’hôpital était un jardin ?»

On m’explique que pour assurer une communication circulaire dans les établissements, il y a des clowns-racines. Je suis déjà sous le charme de cette expression. Je me mets à imaginer des chemins transformant le sol de cet univers hospitalier.

Je m’étonne d’ailleurs que ce soit le chef qui vienne au local donner les informations sur les patients, preuve qu’ils sont bien implantés. Sur les murs, des images d’un anniversaire célébré en grand. Et hop! On part au vestiaire, où une petite armoire leur est destinée : accessoires, outils, dessins. Le cabanon que le jardinier visite avant d’aller sur le terrain.

Derrière chaque porte, un fruit à cueillir

Dans la légèreté et sous un air musical, je vois apparaître Gogo et Arlette. Leur complicité est indéniable. Dès les premières visites, je tombe sous leur charme. Chaque porte est un nouveau fruit à cueillir qu’on prend soin dƒ’observer, sans rien brusquer.

Un peu plus tard, Gogo pratique sa démarche avec une adolescente. Une soignante vient lui susurrer à l’oreille : « Le petit garçon là-bas veut vous voir, mais il a peur. » Gogo en prend note et continue le jeu. Il devient de plus en plus maladroit. 

Au bout du corridor, le visage du jeune patient craque doucement. Arlette, elle, tient un joli cœur au bout de ses doigts et nourrit le jeu : « Est-ce qu’il le mérite ? » L’accord reçu, Gogo tombe à genoux et entame une démarche triomphale, à hauteur des yeux du petit garçon. Le cœur devient un papillon qui cherche où se poser. Il virevolte vers la soignante et atterrit sur le bout de son nez. Tiens, tiens… voilà qu’avoir quelque chose sur le nez, c’est bien drôle.

Le terreau est maintenant fertile, les mauvaises herbes de la peur ont disparu. Gogo offre un cœur au petit garçon à son tour. L’espace est complètement transformé : il n’y a plus de frontières chambre-corridor, patient-soignant. C’est maintenant un jardin de petits cœurs semés. Définitivement, ces jardiniers ont le pouce vert!

De gauche à droite : Dre Petite-Laine (Mélissa), une employée du CMES et Dre Kiitch
De gauche à droite : Dre Petite-Laine (Mélissa), une employée du CMES et Dre Kiitch

Une récolte de fin de journée

La journée se termine et j’ai le bonheur de dîner avec eux. Dans la file à la cafétéria, Gordon m’avise qu’ils ont des rabais employés et s’empresse de dire à la caissière : « Elle travaille avec nous. »

Contre toute attente, cette phrase provoque chez moi une vague d’émotion. Dans ce petit bout de phrase, il y a tant à cueillir. Les racines du clown traversent les frontières.

« Quel privilège de faire partie de cette grande communauté de clowns thérapeutiques. »

Merci aux Docteurs ZinZins pour l’accueil généreux, et à Thierry, Gordon, Françoise et Barbara qui ont répondu à mes nombreuses questions. Je vous souhaite une saison des récoltes flamboyantes.

La compagnie Les Docteurs ZinZins, fondée en 1992, réunit des clowns thérapeutiques dans un hôpital pédiatrique de Bruxelles. Leur équipe de 12 artistes professionnels venus d’horizons différents y est enracinée depuis plus de 30 ans.

 

Mélissa (Dre Petite-Laine) et ses collègues visitent près de 100 établissements chaque année. Ces racines sont possibles grâce à vos dons.

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